Verre poli

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La pensée et les machines : mise en valeur ou dégénérescence ?

L’entrée de notre société dans l’ère numérique a signée la fin de l’ère industrielle. Un robot qui fait le ménage, une machine à trier les papiers, une maison intelligente qui éteint automatiquement un incendie, une voiture qui vous mène à bon port toute seule… Toutes ces inventions semblent encore de l’ordre de la science fiction. Cependant, petit à petit, la domotique s’invite dans nos vies quotidiennes sans même qu’on s’en rende compte : lorsqu’on programme notre four, que l’on allume la télévision grâce à une télécommande, que l’on ferme ses volets roulants… Ces petites choses qui nous semblent anodines ont pourtant déjà changé profondément notre façon de vivre et de penser. L'évolution de la place de la femme de la société s'est accompagnée de l'apparition des engins ménagers. Bien évidemment, ce n'est pas le seul facteur, mais on peut se poser la question du rôle qu'ont joué ces outils dans les changements sociétaires.

De nombreuses fictions existent déjà sur ce thème, beaucoup mettent en avant l’appauvrissement intellectuel de la population : la série de romans Uglies de l'américain Scott Westerfeld montre des jeunes embrigadés dans une société totalitaire qui fait tout pour les empêcher de penser. Une des techniques utilisée est l'interdiction d'utiliser l'écriture manuelle, car si la pensée passe par la machine, elle pourra être mieux maîtrisée. On pense aussi bien évidemment à la série Matrix où les machines ont pris le pouvoir pour enfermer les humains une confortable caverne de Platon, indissociable de notre "réalité".

 

Amusons-nous aussi à faire un peu de science fiction à présent et essayons d’imaginer quelles évolutions sociales et intellectuelles connaîtrait notre société avec le développement à outrance de la domotique.

 

Partons d'aujourd'hui : Une partie croissante de la population (27 % de la population française selon une étude de Google en 2011) utilise des smartphones. Ces petits « objets intelligents », constamment reliés à Internet rendent bien des services à leurs utilisateurs. Certaines applications permettent de réserver son billet de train, d'envoyer automatiquement des SMS ou de trouver les toilettes publiques les plus proches. Quand on interroge les propriétaires de smartphones, ils se mettent tous d'accord sur un point : ces objets ne sont pas vitaux, mais lorsqu’on en possède un, on ne peut plus s'en passer, comme si c'était l'objet qui créait la nécessité. Peut être qu'à force d'utiliser ces objets, notre façon de penser a changé. Le cerveau se débarrasse tout au long de sa vie des neurones et des connections neuronales qui lui sont inutiles. Faites une expérience : utilisez constamment un GPS et vous ne saurez plus lire une carte : votre cerveau aura évacué la capacité « lire une carte » pour la capacité « comprendre un GPS » (et dieu sait combien ça peut parfois être difficile). On constate par cette expérience que si l'on a perdu quelque chose, on en a gagné une autre. Un simple échange, en quelque sorte.

Il faut le reconnaitre, parfois, c'est du chinois...

Il faut le reconnaitre, parfois, c'est du chinois...

 

A l'arrivée de l'ère numérique, on a vu les compétences globales de la population française changer : le niveau d'étude a augmenté et les actifs ont quitté les métiers manuels, industriels pour s'orienter vers le secteur tertiaire. Il n'y a pas que l'information qui s'est dématérialisée, le travail aussi ! L'arrivée d'Internet a permis de libérer la libre expression de chacun. Aujourd'hui, c'est une valeur qui se défend farouchement de part le monde, comme le montre le mouvement Anonymous. Cette liberté d'expression a transformé les consommateurs du web en acteurs créatifs. Facebook, Twitter, Doctissimo, Wikipédia, Youtube sont des sites très importants qui n'auraient pas de raisons d'exister si leurs utilisateurs n'étaient pas générateurs de contenu. Avant, la liberté d'expression existait bel et bien : les journaux citoyens et les radios libres en étaient l'illustration. La différence majeure avec aujourd'hui est qu'elle touche une part bien plus élevée, quasi totale de la population.

 

Revenons à la domotique et imaginons ses évolutions possibles. Imaginez un monde où vous seriez débarrassés des tâches domestiques et administratives basiques : faire le ménage, les courses, le repassage, faire la queue à la mairie, à la poste, remplir des formulaires... Toutes ces tâches abrutissantes qui nous pourrissent la vie. Personnellement, mon manque d'organisation et le fait que j'aime me plonger constamment dans des pensées autres nuisent grandement à la réalisation de ces petites tâches ennuyeuses mais pourtant incontournable. Je n'évoquerai pas ici la hauteur de ma pile de vaisselle ni celle des papiers à trier, j'ai bien trop honte, mais je me demande comment penserai-je si mon cerveau était libéré de ces entraves matérialistes. S’envolerait t'il vers des pensées toujours plus profondes qui ferai avancer ma façon de voir le monde, ma tolérance envers les autres, ma capacité à appréhender les épreuves de la vie ? Ou sombrerai t'il dans les abysses colossaux de ma paresse infinie ?

 

Comme on le disait plus haut, lorsqu’on oublie une capacité grâce (ou à cause) d'un appareil domotique, on en acquiert une nouvelle. On est donc en mesure de se demander quels capacités seront libérés si les tâches domestiques seront supprimés. Peut être que ce sera le rôle de chacun de développer une partie de son cerveau. Même si la paresse fait partie de l'être humain (et a bien sur une utilité : celle de se reposer et de s'ennuyer, l'ennui menant souvent à la créativité), l'homme aura toujours besoin de s'occuper, d'entretenir son intelligence, de s'instruire, de s'informer. Neo retournera toujours dans le monde réel.

 

Source : //pro.clubic.com/entreprises/google/actualite-428448-google-web-mobile-mma-web-marketing-pub-strategie.html



11/02/2014
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